Un contexte professionnel en disruption…

Cet article est issu de l’une des publications parues sur le blog de l’association CQFD Cadres 78  (News74, dossier juin 2018)

 

Constats : Recruter autrement pour recruter mieux

Dossier préparé et rédigé par Jean-Gabriel Giraud (News74)

Chaque semaine, la presse papier ou digitale publie édito, chronique, commentaire sur quatre domaines qui vont modifier nos vies professionnelles, mais également personnelles : l’intelligence artificielle, les soft skills, la Qualité de vie au travail et le collectif en quête de sens.
Quelles seront les effets sur l’emploi ? Sur l’employabilité ? Sur l’organisation du travail ? Sur les relations employeur-employé ? Sur le contrat de travail et/ou le statut social ? Les prospectives sont légions, voire contradictoires, tant l’opinion publique est diserte.

 

L’intelligence artificielle (IA)

L’IA n’est pas un concept novateur et a même été oublié pendant 3 décennies. Mais la capacité exponentielle des composants électroniques a propulsé l’IA et ses nombreuses applications. « Face au numérique, la culture générale des salariés doit devenir une priorité« , titre un article paru sur lesechos.fr . Janvier 2017, au Sénat, Laurent Alexandre prophétise l’ère de l’intelligence artificielle “Dans un siècle, on a Matrix” [konbini.com] et dresse un constat très simple : l’IA s’apprête à défigurer le monde professionnel, et ni la France ni l’Europe ne semblent avoir prévu quoi que ce soit pour s’adapter aux nouvelles logiques de production qui définiront les décennies à venir.

Le récent rapport Villani a rebattu les cartes en France (FrenchTech, CES 2018 Las Vegas). Les effets sur la Société seront importants. Ils le sont déjà, notamment sur les activités (Bancassurance, Finance), l’emploi et le processus de recrutement.
Il convient que l’Europe retrouve sa souveraineté numérique, notamment en mettant l’accent sur la formation professionnelle, la connaissance, le partage des connaissances sur l’IA. Nous devons chercher la complémentarité à l’IA. Le travail peu qualifié disparaitra, la valeur du travail qualifié va augmenter. [ndlr : lire notre article Intelligence artificielle, l’enjeu est assurément sociétal !, concernant l’audition publique au Sénat et ouverte à la presse (Jeudi 19 janvier 2017), le docteur Laurent Alexandre, fondateur de Doctissimo et chef d’entreprise DNAvision]

La transformation est réelle. Seul point divergent selon les prospectives : qui en profitera ? On évoque une fracture sociale, mais également numérique. Aussi, les employeurs visent à mieux associer Hommes et technologie, car aucune étude sérieuse ne précise les emplois qui seront porteurs dans 10 ou 15 ans.

Les soft skills

Les capacités comportementales prennent une place croissante au sein des processus de recrutement. Selon une étude publiée par The Adecco Group, 81% des recruteurs auraient déjà refusé des candidats sur l’appréciation des soft skills, qui sont considérés plus importants que les compétences techniques. Cette tendance va croître en raison des mouvements sociétaux connus aujourd’hui.

Empathie, créativité, agilité… les compétences de demain sont vos qualités humaines, vos compétences humaines, les compétences socioémotionnelles de plus en plus valorisées.
On peut citer : résoudre des problèmes complexes ; interpréter des statistiques ou encore à faire preuve d’une réflexion critique.
Et d’ajouter le sens du service ; le travail en équipe ; le sens de l’écoute et de la communication ; la gestion des émotions…
L’employabilité de demain passera par la connaissance de soi. Les organisations se mettent en capacité de répondre à un besoin de plus en plus largement exprimé par les collaborateurs : ils attendent de leurs employeurs qu’ils leur offrent des opportunités d’évolution professionnelle.


« Avec le bon mix de compétences, les individus tirent profit de la technologie plutôt qu’ils ne la concurrencent. En tant que dirigeants, les accompagner dans le développement de leurs compétences et les armer pour l’avenir forment le grand défi de notre époque. Identifier les compétences recherchées et garantir l’accès à l’emploi constituent ainsi la réponse à la révolution des compétences ».
Jonas Prising, Président-directeur général de ManpowerGroup


La Qualité de vie au travail (QVT)

Le management des entreprises évolue-t-il vraiment ? Les DRH en sont persuadés : le management évolue profondément [lemonde.fr]. Une perception qu’ont beaucoup moins les salariés selon une étude Les salariés et la transformation managériale réalisée en partenariat par l’IFOP et le laboratoire LISPE (Laboratoire d’innovation sociale et de la performance économique) de l’école IGS-RH. Les modes de management observés par les salariés se caractérisent par une certaine rigidité La course au résultat freinerait le bien-être au travail.

Autre constat : l’open space diminuerait la communication entre les salariés et augmenterait le nombre de mails entre collègues, même si leur espace se trouve à proximité ! En revanche, les bureaux offriraient l’opportunité de se rejoindre à la machine à café et d’échanger de manière plus conviviale. Certaines entreprises US ont pris la décision de réorganiser les bureaux. [lesInrocks]
Deux axes méritent plus que des pratiques morcelées : apprendre la reconnaissance, car elle ne s’improvise pas [RHinfo]. Et l’art de ne pas perdre les nouveaux collaborateurs… savoir les intégrer !

Les salariés veulent qu’au quotidien l’entreprise s’occupe d’eux en tant qu’individu, de leur bien-être comme de leurs compétences […] A défaut, ils sont beaucoup moins attachés à leur marque employeur et n’hésitent pas à aller voir ailleurs. […] Avant, pour beaucoup, le travail c’était tout. Aujourd’hui ce n’est qu’une partie d’un tout [étude ADP]

La responsabilité des entreprises à l’égard de leurs collaborateurs et l’attention qu’elles leur portent deviennent donc prédominantes. Dans l’intérêt de tous.
Celui des salariés eux-mêmes, naturellement. Celui, aussi, des entreprises. [lemonde.fr]

Le collectif en quête de sens

Si l’entreprise veut conserver son leadership et/ou se développer, elle doit endosser pleinement son rôle de vecteur de la transformation (managériale, digitale, comportementale), notamment via la mise en place d’une culture de l’innovation et de la reconnaissance de l’intelligence collective.
Fondamental, car en moins d’une décennie, les nouvelles solutions numériques ont « révolutionné » les usages et les comportements, impactant profondément jusqu’aux racines mêmes de certains modèles socio-économiques pourtant solidement établis [Le RAMEAU/ Carenews].
La transformation des entreprises est une aventure collective [Manpowergroup.fr], culturelle et sociétale. Le management évolue profondément, la génération Z imposant un renouveau du management.
La démarche implique la prise en compte des nouvelles attentes de ses parties prenantes et du sens donné aux actions. Les organisations privent les individus de leur potentiel [hbrfrance], les nouvelles technologies nous accablent de travail au lieu de nous en libérer, clament certains salariés ! [blog-emploi.com]. Explorer, expérimenter, apprendre – c’est ainsi que nous sommes censés vivre et travailler. Redonner du Sens à l’Entreprise [labellucie.com] et bannir les bullshit jobs. Certaines entreprises le comprennent et anticipent en préparant l’avenir (demarketing).

Le salarié est également citoyen (son attention à l’égard de l’ESS est croissante) et responsable (récemment, des employés de Google ont exigé des explications sur la tolérance de la censure chinoise). Les Français sont très attentifs aux pratiques sociales et environnementales des grandes entreprises !

Redéfinir l’entreprise exige de la repenser. L’entreprise doit être pleinement en phase avec son écosystème économique, culturel et social. La Loi Pacte (entreprise à mission) vise à apporter une réponse à ce paradigme.
L’intelligence collective peut l’aider à s’adapter sans cesse.


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Quels leviers actionner pour que chacun soit « éclairé et pas ébloui » par le numérique ?

EY a rencontré Aurélie Jean, docteure en sciences et génie des matériaux, et fondatrice de In Silico Veritas, société de conseil stratégique en data (Intelligence Artificielle) basée à New York. Elle a co-initié le Serment Holberton-Turing, qui regroupe des principes éthiques pour mettre l’IA au service du respect de l’humain.

À côté de ses activités d’enseignante, notamment au MIT, elle contribue au Point et à sa newsletter Phébé, spécialisée dans les idées pour anticiper le monde de demain.

Le code et les algorithmes transforment les entreprises, nos manières de travailler et de vivre. Comme toute grande évolution, la transformation numérique en cours est porteuse de risques et d’opportunités. La bonne compréhension des tenants et des aboutissants des innovations et des enjeux permettra au plus grand nombre de devenir acteur d’une société numérique inclusive et éthique.

Quels sont les leviers à actionner pour que les citoyens et les dirigeants d’entreprises soient « éclairés et pas éblouis » par le numérique ?

A. J. – (…) À l’époque de la révolution industrielle, on pouvait soulever le capot d’une voiture pour voir comment fonctionnait le moteur. Aujourd’hui, les technologies sont devenues tellement intangibles que les dirigeants et les citoyens ne les comprennent pas. Il faut sortir de cet éblouissement et de cet obscurantisme intellectuel pour rentrer dans un éclairage numérique, scientifique et analytique de la discipline, sans pour autant devenir des experts. C’est possible et le code est un moyen parmi d’autres. En trois ou quatre lignes de code, on peut expliquer à quelqu’un comment on stocke une donnée. (…) Comme dans toute innovation, il y a des menaces, des opportunités et des défis. Je m’applique personnellement à donner des clés aux gens pour comprendre de quoi il est question. Et j’irais même jusqu’à dire qu’il faudrait que les évaluations techniques et scientifiques des ingénieurs reposent en partie sur leur capacité à rendre leur travail intelligible pour l’extérieur.

Et d’ajouter…

Il y a un enjeu sociétal énorme à développer une IA éthique pour avoir une société numérique qui n’écarte personne. D’un point de vue économique, cela ouvre aussi un tapis rouge. La France et l’Europe ont une carte à jouer sur l’éthique. Je suis convaincue qu’il peut se passer dans le domaine du numérique la même chose que ce qui s’est développé dans l’alimentation autour du bio, et que le marché ne soit plus unilatéral. Si on leur donne le choix, les gens vont préférer utiliser un outil européen éthique, respectueux de leurs données et de leur vie privée, quitte à payer quelques euros par mois. On n’a pas encore développé ce type de modèle car il n’y a pas eu de demande, mais ce sont des modèles qu’il faut explorer.


Source : Ernst & Young

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Faut-il s’inquiéter de l’impact des technologies sur l’avenir de l’humanité ?

Extraits de l’article de Flavien Chantrel, le 2 juillet 2018, publié sur blogdumoderateur.com

Jean-Christophe Bonis

Une des conférences les plus intéressantes de l’édition 2018 du web2day était celle donnée par Jean-Christophe Bonis, « Homo Deus ou le syndrome de Peter Pan. »

Ce futuriste, dirigeant de la société Oxymore, abordait le thème des conséquences que la technologie peut avoir sur notre vie quotidienne, aujourd’hui et dans le futur. A une époque où la science-fiction est devenue réalité, et sans parler de bien ou de mal, jusqu’où peut-on aller dans le développement de technologies aux contours moraux flous ? Quelle est notre responsabilité face au futur que cela peut engendrer ? Quels contrôles existent pour ne pas tomber dans un futur dystopique ? Cette conférence nous a donné envie d’aller plus loin dans l’échange. Dans cette interview, Jean-Christophe Bonis revient sur l’importance de se poser les bonnes questions sur la technologie, d’avoir des penseurs qui s’emparent du sujet et sur les risques et opportunités qui s’offrent à nous.

L’introduction de l’imprimerie au quinzième siècle a créé une rupture majeure de l’évolution humaine. Elle a permis de mettre à la disposition de monsieur et madame tout le monde la possibilité de transmettre ses idées, il était donc désormais possible de diffuser des idées autres que la pensée étatique ou religieuse imposée.

C’est l’origine de ce qu’il s’est passé au siècle des Lumières, qui a eu des implications très importantes dans le futur de l’humanité, notamment avec les théories émises par Descartes. Sa pensée se basait sur le fait que nous ne sommes plus une unité, mais chacun de nous est un élément autonome qui peut penser. Pendant ce siècle, la France était le leader intellectuel et culturel du monde. De grands penseurs ont alors émergé et ont donné leur vision du monde.

Il est très important qu’au vingt-et-unième siècle, des hommes et des femmes se posent de nouveau les bonnes questions. Non pas pour y répondre de manière péremptoire, mais pour éviter de toujours faire les mêmes erreurs. Parmi ces questions, il y a celle de l’évolution des technologies et de leur contrôle par le privé. Il n’y a aucune coordination mondiale, aucun organe de contrôle qui peut juger l’éthique ou le bien-fondé des innovations en cours. Il faut revenir sur des schémas de béotiens, se poser les vraies questions, nourrir les gens pour qu’ils puissent développer leurs propres réflexions. Interroger et transmettre !

Marketing RH… des algorithmes et des hommes

Des algorithmes et des hommes, quel avenir pour le recrutement  ?

Par cette question, Mickaël Cabrol, CEO fondateur d’Easyrecrue, oppose intelligence artificielle et marché du recrutement traditionnel.  L’algorithme va-t-il concurrencer le RH, le recruteur : simplification des embauches, mise en concurrence des entreprises au profit des profils recherchés ? Stupeur et tremblements...

 

Notre avis.

La prise en compte des soft skills pour un matching de candidats est déjà opérante (Est-elle toutefois opérationnelle et répond-elle aux critères exprimés par l’entreprise ?).

Apporter au recruteur des outils objectifs « d’aides à la décision par le sens » (1) est irrémédiablement une richesse opérationnelle. Cette démarche ne sera efficiente que si le profil de poste est correctement décrit et convenu entre les parties prenantes (recruteur, RH, direction opérationnelle…).  Utiliser les ressources d’une machine, d’une intelligence artificielle, d’un algorithme porte l’objectivité d’un résultat, d’un « tri ». La décision finale revient au décideur… l’homme reste toujours le gardien du sens.

(1) Lire : L’écrit … révélateur de compétences !?

 

Extraits de l’article

Ces perspectives, au lieu de la scléroser, doivent stimuler la réflexion critique sur l’avenir du recrutement, et notamment sur l’avenir de la part humaine qui s’y applique. Demain, l’algorithme sera-t-il roi ? Les recruteurs sont-ils pour autant enclin à disparaître ? À défaut d’y voir clair, tâchons de penser juste.

Une première remarque, en forme de paradoxe : à l’heure même où l’automatisation fait craindre un net recul de l’intervention humaine dans les processus de recrutement, les entreprises misent de plus en plus sur les compétences humaines des candidats, voyant dans les soft skills un critère de différenciation efficace. En d’autres termes, il y aurait d’un côté l’intelligence artificielle qui viendrait se substituer aux têtes chercheuses du recrutement ; et de l’autre, l’intelligence émotionnelle, permettant de distinguer les vrais talents des bêtes de concours.

Ce qui change, donc, avec les perspectives ouvertes par le recrutement dit « prédictif », ce n’est pas vraiment la capacité d’anticipation elle-même ; c’est la vitesse de calcul d’une adéquation possible, d’un matching a priori. On pourra ainsi établir en un temps record une short list des meilleurs talents possibles pour un poste donné.

L’intervention in fine d’une subjectivité positive, d’une sensibilité corrigée par l’expérience, demeure une nécessité. Le feeling incarne la part irréductible de la fonction de recruteur.

…l’automatisation laissera plus de place aux soft skills des candidats et des recruteurs. L’avenir du recrutement sera humain, ou ne sera pas.

Lire l’intégralité de l’article

 

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